top of page

Pourquoi colère et frustrations pourraient bien être vos meilleures alliées au travail...

J'ai récemment complétement revu mon rapport à la colère à laquelle je prêtais peu de vertus.


Je suis sûre qu'on a toutes et tous en tête un·e chef·fe qui a pu taper du poing sur la table ou un·e collègue qui a pu pêter un plomb en séance et finir par claquer une porte.


Vous avez peut-être aussi le souvenir de celui qui bouillonne à l'intérieur, tout frustré et finit par marmonner "oui oui" alors que tout son être dit le contraire. On devine ses soirées à ruminer de ne pas voir dit les choses. Et puis il y a celles qui vous racontent qu’elles ont passé leurs vacances au fond du lit après avoir tellement tiré sur la corde avant de partir. Et nous n'oublierons pas, enfin, celles et ceux qui vous disent que tout va bien, qu’ils maîtrisent et qui disparaissent un jour en arrêt maladie pour burnout.


Et si je vous disais que tous ces profils ont un problème avec la colère? Et qu’aucun ne l’exploite à son plein potentiel? Si si, son potentiel! Découvrez les trésors cachés mais aussi les dangers méconnus liés à votre colère.


Une colère mal vue au travail, encore que...


Vous aurez remarqué qu'une ”bonne gueulante” reste un outil qui trouve encore sa place dans certains milieux. Souvent sous couvert qu’aucun autre modèle ne fonctionne avec les personnes qui en sont la cible.


Ceci dit, si la colère a pu être symbole de force et d'autorité au siècle passé dans nos organisations en tant qu'expression d’un certain style managérial, elle a perdu de son aura. De nos jours, à l’heure où le command and control touche à ses limites, ces marques de colère visibles n'obt plus bonne presse. Elles entament les liens, la confiance et le climat de sécurité nécessaires notamment à l’exercice de l’intelligence collective ou à l’innovation.


Jeune femme face à un ordinateur exprimant colère et frustration en rongeant son crayon.
Frustré·e? Agacé·e? Exploitez enfin le potentiel de ces émotions qu'on déteste! Credit: Unsplash

L’angle mort de la colère


Celle que l’on manque souvent de voir c’est la colère ”ravalée” ou "rentrée"voire carrément niée. Celle qui vous fait qualifier votre ressenti de "petite frustration" et finit par vous faire accepter ce qui ne vous convient pas. "Bien sûr Chef, je travaille à 120% depuis des mois mais je peux sans autre te lancer encore 2-3 projets, le tout avec le sourire!" Variante: "Bien sûr Cheffe, je compense avec plaisir les lacunes de mes collègues qui ont la belle vie afin que le résultat global tienne la route”, le tout en serrant les dents et à grand coup d’heures sup!


Je vous invite à aller voir ce qui se cache émotionnellement parlant quand vous vous résolvez à accepter une énième couleuvre. J'ai longtemps été peu familière de la colère. Au point de n’avoir que de vagues impressions de sa saveur. Quelque chose d'inodore et d'aseptisé. Il m’a fallu des circonstances majeures pour la ressentir enfin et commencer à voir comment j’avais développé l’art de l’étouffer, délicatement, sans même y prêter attention. Elle s'est cachée derrière ruminations et envie de bien faire.


Des organisations qui s'accomodent de la colère


J’émets l’hypothèse qu'explosions et étouffements de la colère restent fréquents car ils ont également leurs avantages pour nos organisations. Ces deux cas de figure peuvent parfois faire avancer les choses ou permettre d’accomplir bien plus que ce que les ressources théoriques permettraient de faire.


En entreprise, on a toutefois tenté une domestication en suggérant la communication non violente. "Tu as fais ceci qui m’a mis·e en colère. Je te demande de ne plus le faire en faisant autrement." Suggérant presque que cette colère n'est pas tout à fait la vôtre. Pas franchement responsabilisant.


Et à l’échelle individuelle?


Or, saviez-vous que la colère largement exprimée ou celle réprimée ont des conséquences négatives pour votre santé? Le lien entre la colère exprimée et les accidents cardiques est connu de longue date. Le Dr Gabor Maté, spécialisé dans le lien entre le mental et le corps, souligne, dans "Quand le corps dit non" que vous augmentez de manière significative votre risque d'accident cardiaque dans les deux heures qui suivent une "éruption" si vous êtes déjà à risque.


Ce que l'on sait moins et qu'il met en évidence à grand renfort d'études scientifques c'est qu'en supprimant la colère dans la durée, vous affaiblissez sérieusement votre système immunitaire ouvrant la porte aux maladies, y compris les plus graves et chroniques qui nous effraient tant!


"Une colère saine n'est rien d'autre qu'une défense de vos limites.” Dr Gabor Maté

Du coup que faire de cette chère colère? Le Dr Maté ouvre la voie à une toute autre perspective. La colère est là pour vous protéger.


Exploiter le potentiel de votre colère


"Une colère saine n'est rien d'autre qu'une défense de vos limites.” dit-il. La colère est une alliée parce qu’elle vous signale avant tout que vos limites sont en danger et vous invite donc à réagir (n'oubliez pas l'art de poser ses limites). Sentir la colère en soi prend alors une autre dimension. Elle invite à corriger le tir. Sans crier ni attaquer, sans nier ou refouler l'émotion non plus. La colère est juste une invitation à dire non, avec assertivité et à agir en conséquence.


En bref,


La colère exprimée avec véhémence comme celle réprimée sont des causes majeures de problèmes de santé. Et si ces expressions sont plus ou moins admises, voire carrément encouragées, vous gagnerez à remettre cela en question. Mal-aimée, étiquetée comme ”négative”, cette émotion fait pourtant partie de votre répertoire pour une bonne raison. Savoir se réapproprier cette facette-là de vous-même c’est faire un pas vers votre authenticité et votre humanité.


Il en va de votre bien être et de votre satisfaction au travail et en définitive de votre performance, non? Le challenge? Vous devinez les milles et une raisons qui peuvent vous amener à ignorer les signaux. Soudain votre besoin de plaire ou votre impression de ne pas être ”assez” pourraient bien torpiller votre élan d’assertivité. Mais c’est un autre chapitre. Commencez par percevoir le signal.


Envisager la colère comme un rempart peut donc vous éviter de sérieux soucis de santé.


Envisager la colère comme un rempart peut aussi vous permettre de dire les choses de manière responsable et constructive et en cela renforcer votre communication.


Envisager la colère comme un rempart c'est peut-être, enfin, mettre à jour les blocages plus profonds qui vous guident et vous sabotent.


Alors vous? Comment exploitez-vous votre belle colère et ses messages? Et qu’allez-vous faire différemment dès aujourd’hui?

Quelles que soient vos réponses, vous pouvez faire évoluer les choses facilement. Une cliente a récemment changé complètement et en un temps record sa relation à la colère. Elle est devenue enfin plus assertive, osant dire non, après avoir passé des années à se débattre en mode "cocotte minute" avec d'interminables ruminations et beaucoup d’anxiété. Faites-moi signe (anne@theworklab.org) si vous êtes curieux de savoir comment!


Belle semaine!




Comments


bottom of page